Andrea Commodi (1560-1638) "Portrait de femme" Huile sur toile, 65,6 x 51,5 cm

 

- Jacopo Zucchi, "Le Repos de la sainte Famille", fin XVIe s. Musée des Augustins. Photo D. Martin

 

Francesco Curradi, "Le Triomphe de Judith", vers 1630. Musée des Augustins. Photo D. Martin

Un artiste florentin atypique
Andrea Commodi (1560-1638) fut l'un des artistes les plus singuliers de Florence entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. Elève de Santi di Tito et d'Alessandro Allori, il ouvre vers l'avenir tout en défendant la tradition de l'art florentin. Sa pratique du dessin est très libre et ne conduit pas nécessairement à la préparation d'une composition peinte. Il a bénéficié d'un accès direct aux esquisses sculptées et dessinées de Michel-Ange conservées dans la famille qu'il a interprétées de manière originale. Il recherche toujours la vérité mais davantage dans la justesse de la caractérisation psychologique que par la précision du détail. Il est aussi l'auteur de paysages imaginaires aux végétations denses et touffues.

Un portrait mystérieux et magnétique
Entouré de mystère, nous n'avons aucune information quant à l'identité du modèle et la représentation étonnamment simple nous en apprend peu sur le contexte social et sociétal environnant, ce Portrait de femme est une démonstration de la force expressive déployée par le peintre. Le petit format et la légèreté de la touche n'enlève rien à l'attractivité de l'œuvre. Le tableau produit une impression quasiment magnétique et le sentiment sinon d'une grande modernité du moins d'une atemporalité.
On peut ainsi le rapprocher d'une tendance appelée pittura senza tempo qui caractérise des peintres vers la fin du XVIe siècle tels Santi di Tito, l'un des maîtres de Commodi, ou Scipione Pulzone. La tradition du portrait du maniérisme tardif autour d'Alessandro Allori, un des maîtres de notre peintre, est également sensible. Ce portrait évoque aussi l'art d'un grand révolutionnaire contemporain. En effet, le Portrait de la courtisane Filli de Melandroni du Caravage, détruit en 1945 à Berlin, est étonnamment proche de notre portrait de Commodi.

 

La collection italienne du musée des Augustins
La collection italienne du musée des Augustins contient des tableaux exceptionnels, essentiellement du XVIIe siècle. L'œuvre de Commodi viendra s'insérer naturellement au sein d'une petite section florentine entre le joyau maniériste tardif qu'est le Repos de la sainte Famille de Jacopo Zucchi et la chorégraphie baroque du Triomphe de Judith de Francesco Curradi. Elle pourra aussi être rapprochée de la très belle série d'œuvres caravagesques et naturalistes du début du XVIIe siècle.
Cette acquisition vient renforcer plus particulièrement la thématique du portrait italien du XVIIe siècle (Bernardo Strozzi, Portrait de Martino Widmann et Bartoleo Cesi, Portrait d'un religieux entre autres).